Par Djamel  ZERROUK : L’Algérie est-elle prête à construire une économie hors hydrocarbures ? Question lancinante que se posent aujourd’hui les analystes au vu des capacités que recèlent le pays « mais qui sont hélas mal, ou pas du tout exploitées ».

Un pays continent, des richesses inestimables et une population jeune qui ne demande qu’à travailler avec des garanties de garder son emploi. Pour les économistes, la stratégie à mettre en œuvre « ne nécessite pas des siècles » pour mettre sur rails une économie créatrice de richesses et d’emplois.

Pour les plus optimistes, un « quinquennat » suffira largement à extraire le pays de la dépendance de la rente pétrolière. « Certes le pays a perdu une bonne partie de ses infrastructures industrielles du secteur public, mais il est encore temps de récupérer des holdings étatiques qui ont survécu à la grande purge du milieu des années 1990 », souligne un ex PDG d’une société nationale du BTP. Le secteur du bâtiment et des travaux publics a été durement touché dans la « casse » opérée par un ex Premier ministre actuellement incarcéré.

Des fleurons comme la SONATIBA, la SORECAL, et tant d’autres entreprises qui avaient bâti l’Algérie sans la moindre « assistance » étrangère, sont passées à la trappe sans aucun état d’âme. Du coup, des centaines de métiers comme la menuiserie, la plomberie, la chaudronnerie, la serrurerie, la maçonnerie, la peinture…ont été entrainés dans ce tsunami sans précédent dans l’histoire économique mondiale. « Pour faire plaisir aux institutions financières de Bretton Woods, les décideurs de l’époque avaient tout détruit. Des fleurons du BTPH qu’on pouvait garder et éviter que des sociétés égyptiennes, turques et vietnamiennes nous construisent des logements, ont été littéralement ‘’assassinés’’ », déplore l’ex dirigeant.

Et de préconiser le retour de ces entreprises sur la scène nationale en les dotant, dit-il, de statuts de SPA, « afin d’éviter les subventions du Trésor publiques ». D’autres acteurs de cette filière, en appellent, eux, à ressusciter immédiatement la SONATRO (Société nationale des travaux routiers) « qui a construit 80% du réseau national, notamment la Transsaharienne ». Fleuron national, la SONATRO a été sollicitée par plusieurs pays africains dont la Lybie. Bien que juridiquement elle existe toujours, mais sur le terrain point de chantiers.

Les marchés qui étaient censés lui revenir ont été raflés, par corruption interposée, à des entreprises étrangères. Et pour donner le coup de grâce à SONATRO, on avait créé en deux temps trois mouvement, une entreprise privée sans expérience dont le patron est actuellement en prison. Un capitaine d’industrie tient à signaler que le pays a tout intérêt à garder les fleurons publics de l’industrie, du BTPH, du médicament, de l’industrie mécanique… en les dotant d’une gestion moderne.

« Quitte à rappeler les anciens cadres qui ont été poussés à la porte de sortie ». Il y’a lieu aussi de développer le secteur de l’agriculture, notamment au sud et à l’ouest où des centaines de milliers d’hectares sont en jachère. Les spécialistes « conseillent » sur la nécessité de transformer les hydrocarbures en carburants, huiles, plastique…en Algérie, « comme cela se faisait dans les années 1970 ». « Il est impératif de garder notre pétrole pour notre machine industrielle dans la mesure où il est bradé pour 23 dollars à l’exportation ».

Djamel Zerrouk

 

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